Édito janvier 2026 : La mort du critique littéraire ? quand les avis des plateformes remplacent les articles de fond

Babelio, 3,7 millions de visiteur·euses mensuel·les.
Booknode en compte 2,6 millions. Et vous, qu’est-ce qui vous fait acheter un livre ? Depuis quelques années, qu’un·e lecteur·rice type, intéressé·e par un livre, se fie davantage à une note donnée et un avis partagé par d’autres lecteurs qu’à une analyse proposée par des professionnel·les en la matière. Pourquoi l’un plus que l’autre ?

“Conte mais sans fées, voire une fable. Le
style est poétique comme je l’avais déjà
mentionné dans un commentaire antérieur.”

Exemple d’un avis publié sur Booknode pour le livre Haute-Folie, d’Antoine Wauters.

De nombreuses plateformes culturelles numériques voient ainsi le jour depuis une vingtaine d’années. Elles accueillent les participations de tout·e internaute créant un compte, sur n’importe quel objet de culture, ne nécessitant aucun module de correction ou de vérification d’un avis publié. C’est le cas par exemple de la plateforme francophone Sens Critique, créée en 2011. Elle invite chacun·e à se référer aux avis et notations publiés pour orienter le choix d’ un·e lecteur·rice lorsqu’il recherche un titre à découvrir, mais aussi de devenir participant·e en donnant son avis personnel aussi. Chacun·e se prête alors au rôle du critique littéraire, plus dans un but de partager son expérience de lecture que de porter un réel jugement intellectuel sur la construction ou la légitimité d’une œuvre.

Ainsi, rendu plus simple et plus accessible, la critique d’un écrit arrive plus facilement à celui qui cherche à savoir s’il doit tenter ou pas la lecture qu’il avait prévue. La diversité d’opinion rassemblée sur une même plateforme permet de rappeler que chacun·e a sa propre manière d’apprécier une œuvre. Mais elle détourne des critiques littéraires faites par des professionnel·les, car bien plus courtes et vulgarisées.

Et pourtant, ces plateformes regroupent une véritable communauté de lecteur·rices. Elles offrent une gamme variée d’options pour les lecteurs, souhaitant découvrir de nouveaux livres, participer à des lectures communes et partager leurs expériences. Il arrive notamment que certaines critiques soient rédigées par des journalistes spécialisés, qui fournissent des analyses approfondies, et donnent accès à des interviews d’auteur·rices. Ainsi, démocratiser la critique permettrait à certain·es lecteur·rices d’obtenir un avis subjectif, spontané et simplement formulé, qui vient juste d’un·e internaute voulant partager son ressenti sur sa lecture et pas uniquement glorifier ou descendre une œuvre.